L'équipe de la Chaire ENAC-Airbus Safety Management, lancée en 2018, est au complet! Kyla Zimmermann, Ingénieure de recherche, Willy Rodriguez, Post-doctorant, et Samuel Kierszbaum, Doctorant, ont ainsi rejoint l'ENAC. Ils ont intégré l'équipe de Corinne Bieder, titulaire de la Chaire et responsable du programme Safety-Security. Découvrez leurs portraits sous forme d'interviews.

Kyla Zimmermann - ENAC-Airbus Safety Management ChairKyla Zimmermann, Ingénieure de recherche

Pouvez-vous résumer votre parcours ?

C’est lors de mon adolescence, au Canada, que je suis devenue passionnée d’aviation, alors que je que je commençais l’apprentissage du pilotage de planeur dans le cadre d'un programme dirigé par les Cadets de l'air. C'était à peu près à la même époque que j'ai lu Antoine de St-Exupéry en cours de français. C’est, quelque part, la poésie de ces deux expériences qui ont donné lieu à une véritable histoire d’amour à la fois avec la France et l'aviation.

Durant mes études dans le domaine du génie aérospatial à l’Université, je travaillais les week-end comme pilote de planeur en faisant découvrir à des élèves pilotes le vol et les rudiments du pilotage.

C’est donc avec mon point de vue de pilote que j’ai abordé ces quatre années d'études, et que j’ai pu constater avec surprise qu’à aucun moment nous ne nous soyons directement intéressés à la question du pilote. Aussi, le jour où j’ai découvert le terme "facteurs humains" a été une véritable révélation pour moi : j'ai immédiatement su que c'était ce dont j'avais besoin pour combler cette lacune. Après avoir lu le livre de Sidney Dekker sur « l'erreur humaine » (un terme que nous évitons tous deux d'employer, soit dit en passant), j'ai été complètement accrochée ! C’est ainsi que j’ai été amenée à travailler, plus tard, comme ingénieure d'essais en vol sur le Dash-8 Chez De Havilland, ainsi que comme enquêtrice accident spécialisée dans les facteurs humains pour le Bureau de la sécurité des transports du Canada.

Quels sont vos principaux sujets de recherche au sein de la Chaire ?

Nous essayons de comprendre comment rendre l'aviation aussi sûre dans le monde qu'elle ne l’est chez nous. Cela inclut l’étude de différents types d'acteurs autres que les compagnies aériennes, tels que les prestataires de services de maintenance, les écoles et organismes de formation, les autorités en charge de la réglementation et même les organismes d'enquête sur les accidents.

Notre travail consiste à étudier la manière dont nous pouvons tirer parti des connaissances scientifiques que nous avons sur le comportement humain au travail (c.-à-d. "ergonomie" ou "facteurs humains") ainsi que des connaissances d'autres domaines tels que les sciences du management, afin d’orienter et d’adapter au mieux les interventions d’acteurs de la sécurité tels qu’Airbus à l'étranger au travers de leurs équipes régionales. Ce que j'aime le plus dans la recherche en matière de facteurs humains, c'est qu'il s'agit d'une science véritablement appliquée. Nous aspirons bien sûr à faire un travail de recherche intéressant, mais nous souhaitons avant tout que les connaissances scientifiques que nous produirons soient au service de la société d'une manière concrète.

Quels sont selon vous les principaux enjeux d'avenir de la sécurité aérienne ?

Je pense que le plus grand défi pour l'avenir de la sécurité aérienne est l’excès de confiance. On dit parfois qu'être en sécurité, c'est un peu comme être un bon croyant : il faut aspirer à être comme le messie et l'avoir comme modèle, mais on ne doit jamais être assez arrogant pour prétendre être à son image. De même, la sécurité exige l'humilité. Il faut toujours essayer d'être en sécurité, mais une fois que l'on croit l'être, c’est là que l’on risque de baisser la garde et de perdre la vigilance nécessaire. En outre, en tant que scientifiques, je pense qu'il serait vraiment arrogant de notre part - et dangereux - de croire que nous comprenons vraiment (et que nous pouvons quantifier) tout ce qui concerne le risque, la sécurité et le comportement humain dans le système sociotechnique de plus en plus complexe, hautement interdépendant, en circuit ouvert et à haut risque que l’on appelle l’aviation. Nous n'en sommes qu'aux balbutiements et la nature du travail évolue rapidement, de sorte que notre capacité d'analyse et de prévision aura toujours un temps de retard qu’il nous faut accepter.

En quoi ce domaine est-il particulièrement passionnant ?

La recherche en matière de sécurité est passionnante à mes yeux en raison des bénéfices potentiels pour la société, non seulement pour la prévention des accidents, mais également par la diffusion de l'idée que l'avenir de la sécurité passe par l'abandon des approches punitives et de la culture de la culpabilité. La sécurité ne s'améliorera que lorsque nous pourrons donner à tous les professionnels les moyens de contribuer ouvertement à son amélioration de manière sans crainte et de manière apaisée. Repousser les frontières en menant une réflexion de fond sur l’amélioration de la sécurité dans des régions qui semblent a priori culturellement incompatibles avec cette notion est selon moi un défi à la fois passionnant et réellement porteur de sens.

Willy Rodriguez - ENAC-Airbus Safety Management ChairWilly Rodriguez, Post-Doctorant

Pouvez-vous résumer votre parcours ?

Je m’intéresse particulièrement aux modèles statistiques visant à traiter de gros volumes de données, ainsi qu’au développement d’algorithmes capables d’extraire de l’information de manière efficace. Suite à l'obtention de ma Licence en Mathématiques (BAC+5), à l'Université de La Havane, j'ai fait un Master en Mathématiques Appliquées, orienté vers l’Optimisation. Puis j'ai passé ma thèse à l'INSA de Toulouse sur le développement de modèles probabilistes et de méthodes d’inférence statistique appliqués à l’analyse des données génétiques. Tout au long de mon parcours, j’ai eu la chance de travailler en collaboration avec des bio-informaticiens, biologistes et mathématiciens, et de toujours évoluer dans des environnements multidisciplinaires.

Quels sont vos principaux sujets de recherche au sein de la Chaire ?

Mes travaux de recherche au sien de la Chaire sont centrés sur les modèles statistiques sur lesquels sont basés les méthodes d’analyse de texte. Au cours de ces dernières années, nous avons connu des résultats surprenants dans les applications de techniques tels que les réseaux de neurones ou l’apprentissage profond (deep learning), qui arrivent à apporter des solutions à certains problèmes concrets. Ces applications sont en train de révolutionner la manière de collecter et traiter les données. Mon travail consiste donc à décortiquer la théorie derrière ces méthodes, afin de proposer de solutions permettant de mener à bien l’analyse de textes dans le contexte particulier de la sécurité aérienne.

Quels sont selon vous les principaux enjeux d'avenir de la sécurité aérienne ?

Actuellement, dans le transport aérien, comme dans beaucoup d’autres secteurs, le volume de données collectées en permanence est gigantesque. Ces données sont stockées, mais une partie seulement est analysée par des experts en sécurité aérienne. D'un autre côté, les thématiques de recherche en statistique appliquée à l’analyse de données sont en plein essor dans le milieu scientifique et académique. Par conséquent, l'un des principaux enjeux d’avenir de la sécurité aérienne consiste, à mon avis, à mettre ces résultats scientifiques au service de l’exploitation des données. Cela permettrait de mieux exploiter les données disponibles et afin d’en extraire les informations pertinentes pour l'amélioration de la sécurité aérienne.

En quoi ce domaine est-il particulièrement passionnant ?

Les sciences mathématiques autour des sujets liés au traitement de texte sont particulièrement riches et passionnantes. Récemment, les nouveaux algorithmes permettant aux machines d’exécuter des tâches spécifiques ont donné de résultats complètement inimaginables auparavant. Il est même possible de créer d’algorithmes capables d’améliorer ses performances au fur et à mesure que la tâche est exécutée, donnant à la machine la possibilité d’"apprendre". Ce sont de techniques qui pourraient très bien être appliquées au domaine de la sécurité aérienne avec succès.

Samuel Kierszbaum - ENAC-Airbus Safey Management ChairSamuel Kierszbaum, Doctorant

Pouvez-vous résumer votre parcours ?

Diplômé de l'ISAE-SUPAERO en 2018, j’en suis sorti avec un fort intérêt pour les sciences des données. J’ai travaillé dans ce domaine en stage, avant de rejoindre l’équipe de la Chaire. Ma thèse est à cheval sur deux domaines qui me tiennent à coeur : l’aviation et l’analyse de données.

Quels sont vos principaux sujets de recherche au sein de la Chaire ?

Je travaille sur des rapports d’incidents aéronautiques. Mon but est triple: résumer, labelliser et étendre ces rapports. Labelliser les rapports afin d’identifier les différents acteurs dans l’incident ; Etendre afin de faciliter la compréhension des rapports en ajoutant de l’information pertinente.

Quels sont selon vous les principaux enjeux d'avenir de la sécurité aérienne ?

Je pense que les principaux défis à venir sont l’impact de l’augmentation du trafic aérien sur la sécurité, le recours à l'utilisation de données afin d’améliorer la sécurité et la prise en compte des répercussions des nouvelles réglementations en matière de sécurité.

En quoi ce domaine est-il particulièrement passionnant ?

C’est un sujet de recherche particulièrement récent. D’autres domaines comme la santé sont déjà beaucoup plus avancés dans l’intégration des outils d’analyse de données textuelles. Il sera intéressant de voir l’impact des avancées technologiques sur l’aviation.

Le 21 juin 2019, dans le cadre du salon du Bourget 2019, convention de mécénat a été signée par ATR et le Fonds de dotation ENAC, en soutien à un projet de solidarité internationale entre les Elèves Pilotes de l’ENAC et les lycéennes de Mariama Bâ, sur l’île de Gorée au Sénégal.

Cette action, portée par les élèves et impliquant l’Association Sénégalaise pour la Promotion des Métiers de l’Aéronautique (ASEPMA), l’association toulousaine Un Morceau de Ciel Bleu et le Fonds de dotation ENAC, a pour objectif de permettre aux lycéennes sénégalaises d’être initiées aux métiers de l’aéronautique. Elles se verront remettre à terme un « Certificat d’Initiation à l’Aéronautique ». Les élèves pilotes travailleront avec Un Morceau de Ciel Bleu et les personnels de l’ENAC à la conception de mallettes pédagogiques, ainsi que d’un logiciel de simulation de vol ATR.

Les participants au projet effectueront une mission coordonnée par l’ASEPMA au Sénégal début décembre pour échanger avec les lycéennes sur des temps de formation, et pour présenter le projet dans le cadre de la première édition du Saly Air Show sur le stand d’ATR.

Un voyage sera ensuite organisé à Toulouse durant les vacances de Pâques 2020 à destination des lycéennes les plus méritantes. Ce voyage organisé avec le soutien d'ENAC Alumni (L'association des diplômés de l’ENAC), leur permettra de découvrir les métiers et formations aéronautiques, ainsi que les principaux sites industriels toulousains, notamment la chaîne d’assemblage d’ATR.

Selon Olga Renda-Blanche, Directrice des Ressources Humaines d’ATR, « ATR est très heureux de s’engager aux côtés de l’ENAC pour promouvoir des formations et des carrières passionnantes et variées auprès du public féminin. ATR n’est pas seulement le constructeur numéro un mondial d’avions régionaux, mais aussi une entreprise leader engagée sur les grands sujets de société tels que la promotion de la diversité. Ces conventions en sont deux parfaits exemples ».

Olivier Chansou, Directeur général de l’ENAC, souligne quant à lui que « ces conventions s’inscrivent dans la continuité des collaborations de longue date développées par nos deux entités, et soulignent le souhait de l’ENAC et d’ATR de mener des actions sociétales communes en cohérence avec les politiques de diversité et d’internationalisation des profils portées par l’école et l’entreprise ».

 

Revoir la vidéo des élèves de l'ENAC :